Billets d'humeurChroniques covidiennes

02/03/2020 : NOUVELLES DU FRONT

Je vous écris bien à l’abri, derrière les lignes du front.

Ce matin, j’ai commis une folie, traversé le marché d’Auray à pied, il n’y avait quasi pas de forains, pas de stand, pas de chalands, pas de petits vieux en caddie, une ville morte, couvre-feu en pleine matinée ensoleillée, ce qui est si rare. J’ai pu m’enfuir de la zone infestée avant que les barrages ne s’érigent et je suis là tout honteux de ne pas être avec les Alréens qui souffrent de leur isolement et ne peuvent même pas se soutenir, confinés qu’ils sont dans leurs domiciles.

Honteux et coupable, parce que je porte peut-être en moi ce ferment de la nouvelle peste jaune, union contre-nature entre une chauve-souris, un pangolin et un humain aux mœurs coupables. Je ne peux que remercier notre vénéré préfet d’avoir fermé les frontières pour éviter l’irruption de cette infamie chez nous, à Vannes, ou ailleurs dans le Morbihan, même si les nuits vont être bien longues pendant ces 15 jours sans cinéma, théâtre, bars, manifestations et autres joies de rencontrer notre prochain.

Je ne peux qu’être confondu par l’incroyable connexion entre un virus qui ne s’attaque qu’aux plus de 60 ans, le 49-3 de la réforme des retraites et l’impossibilité de manifester dorénavant. Dieu serait-il enfin du côté de notre gouvernement ?

Et je fais une totale confiance en la sagacité de nos plus hauts représentants de l’Etat de notre département : comme en 1986 pour Tchernobyl et son nuage radioactif s’arrêtant, tout craintif, à nos frontières tricolores, je ne doute pas un seul instant que le virus et ses porteurs n’oseront pas franchir les frontières entre Auray la ville maudite et les communes saines mais limitrophes de Pluneret, Brec’h…

Amen.